François Fillon à l’épreuve du mensonge gallois

Extrait du livre “Langues régionales au bord du gouffre?”, édition Yoran, Mars 2015

François Fillon à l’épreuve du mensonge gallois 

Le 29 octobre 2012, François Fillon, candidat à la Présidence de l’UMP en campagne à Rennes nous livre un nouvel avatar de la conception civilisatrice de la langue française et de la persistance d’une approche sacralisée de l’histoire. Evoquant le « maintien de l’unité de la Nation», il ne pas craint de souligner, qu’au fil de l’Histoire, les spécificités des langues régionales ont été « gommées mais au bout du compte le résultat n’est pas si mal avec une langue et une culture française magnifique » ([1]).  Il ajoute : « Il faut préserver notre unité en combattant les comportements communautaires de nature ethnique ou régionale », citant le cas de la Belgique et de l’Espagne. De tels propos de la bouche de nos dirigeants politiques restent une source d’accablement pour les partenaires européens qui voient la France se perdre dans une polémique stérile sur l’identité nationale en donnant l’impression désastreuse qu’elle a peur d’elle-même.

Saluer en 2012, le « gommage » de langues et de cultures est proprement odieux et nous rappelle l’« égalité monstrueuse », décrite par Hannah Arendt qui a fustigé très tôt les dangers d’une égalité sans fraternité qui reflète l’image de l’enfer. Se féliciter de la disparition de langues et des cultures riches d’un patrimoine de portée universelle est criminel. De tels propos sont inimaginables dans un autre pays de l’hémisphère nord. Une telle forme d’aveuglement y serait perçue comme du négationnisme et une apologie de linguicide.

  1. Fillon fait référence aux tensions d’ordre linguistique entre Flamands et Wallons en Belgique. Il aurait pu citer que ce pays reconnaît trois langues officielles dans sa constitution et citer le cadre exceptionnel conféré à la communauté germanophone de 70 000 locuteurs. M. Fillon aurait aussi pu citer le cas exemplaire du Pays de Galles, région d’origine de son épouse, qui est un exemple de la prise en compte de la langue minoritaire. Depuis 1962, le Pays de Galles ne cesse de voir augmenter – grâce à un enseignement bilingue anglais-gallois précoce – le pourcentage des enfants de moins de 10 ans celtisants et bilingues. Plus de 30% des écoliers du Pays de Galles suivent un enseignement bilingue de type immersif précoce. Depuis la création de l’Assemblée nationale du Pays de Galles en 1999, il y a un regain d’intérêt pour la langue galloise.

La création d’une société bilingue est un thème clé de la stratégie du Gouvernement gallois. L’University of Wales Trinity Saint David a créé un Master intitulé « bilinguisme et le multilinguisme » dans le but d’accompagner ces développements du bilinguisme dans leurs contextes historiques et politiques. C’est le premier diplôme du genre offert en Europe dans le cadre de la mission de l’Université visant à favoriser la gamme passionnante des initiatives dans le domaine de la planification linguistique et du développement multilingue au Pays de Galles ou ailleurs. S’inspirer de cette expérience demande un effort intellectuel mais offre de réelles occasions de découvrir les aspects politiques de la vitalité de la langue minoritaire, les aspects cognitifs et intellectuels du bilinguisme immersif et de comprendre les fondements de la politique et de la planification linguistique.

Hasard de calendrier, une semaine après des propos insupportables du Gallois par alliance, faisant l’apologie du « gommage » des langues minoritaires de France, le Royaume-Uni approuve le 8 novembre 2012 une loi plaçant le gallois et l’anglais à pied d’égalité. La même semaine, intervient une autre leçon de tolérance de M. Mohamed El Magrif, président du Congrès général libyen. Il annonce que son pays est en voie de reconnaître le Tamazight (15% de locuteurs) en tant que langue nationale et officielle. « Il n’y a aucun préjugé à ce que la constitution reconnaisse plus d’une langue, et ceci ne peut provoquer en aucun cas un quelconque préjudice à l’unité nationale et à notre vision de l’avenir qui nous attend tous », cite-t-il. Où sont les lumières, où est l’obscurantisme ?

M. Fillon, au lieu d’agiter des chiffons rouges, aurait pu citer l’exemple de la Suisse qui assure un enseignement immersif en français pour 1,8 millions de francophones minoritaires, de la Finlande qui assure depuis 1921 un cursus d’enseignement complet en suédois alors même que les suédophones représentent moins de 6% de la population. En pratique, une bonne partie de la population finlandaise est devenue bilingue grâce à cette incitation. Il aurait pu citer les 300 minorités européennes qui vivent en parfaite harmonie avec leur cadre national ou encore le 24 États qui ont ratifié la Charte européenne des langues régionales.  Il n’y a pire aveugle…

[1] In Le Télégramme du 20 octobre 2012.

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One response to “François Fillon à l’épreuve du mensonge gallois

  1. Reblogged this on La cigogne enchainée and commented:
    Rien de pire qu’un politicien incapable de penser la complexité… c’est-à-dire incapable de réfléchir ! Que cesse enfin l’uniformisation destructrice !

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