La renaissance de la langue basque en chiffres. Modèle à suivre pour l’Alsace

Les résultats de la sixième étude sociolinguistique quinquennale (2016) basque confirme la croissance du nombre locuteurs de moins de 24 ans.  19% des 16-24 ans sont locuteurs de basque en 2016, contre 17,6% en 2011 et 16% en 2006). L’échantillonnage confié à l’INSEE qui a interrogé 2 000 personnes de 16 ans et plus montre qu’en 2016, 41% des sondés souhaitent un enseignement en immersion complète en basque pour leur(s) enfant(s) (contre 34% en 1996).  Les conclusions de l’enquête ICI. 

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La sixième étude sociolinguistique quinquennale (2016) dont les résultats ont été publiés au printemps 2017 confirme l’inversion de la courbe des locuteurs de basque parmi les 16-24 ans. Depuis 10 ans, le pourcentage de locuteurs “jeunes” ne cesse d’augmenter.  Nous assistons au Pays Basque français à une reproduction du succès linguistique du Pays de Galles, où il y a beaucoup plus de locuteurs parmi les moins de 20 ans (40%) que parmi les plus de 40 ans (20%) ! En Alsace on commence à comprendre qu’on ne sauvera pas la langue sans immersion totale. En septembre 2017, ce réveil linguistique s’est traduit par l’ouverture des 10 premières maternelles en immersion complète en langue régionale, mais aussi de la première crèche immersive et de la première colonie de vacances entièrement en alsacien. Reste à conquérir le champ décisif des crèches.        

La langue basque est aujourd’hui la seule – parmi les huit principales langues régionales de France – sur le point d’être sauvée.  Si les résultats de la la 6è étude sociolinguistique (2016) – publiés en 2017 – ne porte que sur les locuteurs de plus de 16 ans, nous savons que les effectifs des classes bilingues et immersives – prés de 50% des enfants de maternelles – peuvent nous laisser croire que 30% des enfants de moins de 5 ans sont locuteurs.   L’étude sociolinguistique de 2011 a confirmé pour la première fois l’inversion de la courbe de locuteurs chez les jeunes et plus précisément l’augmentation très nette du pourcentage de locuteurs de la tranche d’âge 16-24 ans (17.6% bilingues; 11.3% bilingues passifs) par rapport à 2006 (16.1% bilingues ; 9.6% bilingues passifs). On peut dire aujourd’hui qu’en 30 ans (1986-2016), le pourcentage des enfants locuteurs de moins de 10 ans est passe de 5 à 30%.

Malgré le dogme, le public passe à 75% en 2008 puis à l’immersion totale en 2012

Le 29 novembre 2002, le Conseil d’Etat a annulé partiellement l’arrêté et la circulaire Lang relatifs à l’enseignement bilingue par immersion, invoquant pour ce faire l’article 2 de la Constitution et la loi du 4 août 1994 sur la langue française. Avec le temps, la science a fini par prendre le dessus sur le dogme issu d’un autre âge, disons le clairement, l’âge colonial. Face à la pression de la réalité et des 10% des classes immersives associatives Ikastolla, l’Education nationale s’est adaptée à ce qui se fait de mieux. Mais fidèle à sa politique des petits pas et à une extrême prudence elle était d’abord en 2008 passé à la répartition 3/4 en basque et 1/4 en français.  C’est l’école du quartier “Alsace” de Biarritz qui est la première à passer à l’immersion totale en maternelle publique en 2012. L’école d’Ascain qui a débuté l’expérimentation en 2008 à ¾ basque ¼ français passe finalement à l’immersif en 2015.

2015 : huit écoles publiques en immersion totale

A la rentrée 2015, huit (8) écoles publiques proposent un enseignement immersif en langue basque en maternelle et quatre (4) de plus le font à la rentrée 2016. À ces douze écoles publiques, il faut ajouter 17 écoles privées catholiques proposant également un enseignement immersif en maternelle. Ces enseignements sont mis en place dans le cadre d’expérimentations pédagogiques permises par la loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école (article 34).

Les analyses sociolinguistiques visent à mesurer l’évolution d’une langue en voie de revitalisation. Il est indispensable de renouveler régulièrement l’enquête sociolinguistique relative à la réalité d’une langue. La V° Enquête sociolinguistique de 2011 recouvrait quatre terrains de recherche : la compétence linguistique des habitants, la transmission linguistique, l’utilisation du basque dans différents domaines (à la maison, entre amis, au travail, dans les domaines de communication formelle), et l’attitude envers la langue basque. 2000 enquêtes ont été réalisées au Pays Basque Nord (PBN). Pour plus d’information sur la dernière étude sociolinguistique cliquez ici

Ce que nous apprend l’expérience basque, c’est que si nous voulons que l’éducation nationale passe à l’immersion totale, il faut appuyer le secteur associatif (ABCM) en visant un nouvel objectif : 5% des effectifs totaux de maternelles (22 000 élèves par classe d’âge). ABCM et ses 11 écoles ont aujourd’hui 1200 élèves. Une ABCM à 5000 ou 10 000 élèves serait de nature à stimuler le mamouth ! Autres question, celle de la redevabilité.  La bonne pratique de gouvernance nous impose de mesurer la pertinence des efforts et des investissements.  A ce titre, l’étude sociolinguistique quinquennale est le démarche urgente à initier en Alsace.

Thierry KRANZER

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