Conseil économique et social de l’ONU et l’immersion en langue minoritaire

1426218_507019096063000_1213346338_nIntéressant résumé du rapport du 7 mars 2005 (21 pages) du Conseil économique et social de l’ONU (ECOSOC) sur la question de l’immersion en langue minoritaire

Le présent document tend à démontrer que les modèles éducatifs appliqués aux enfants autochtones ou appartenant à des minorités, qui utilisent essentiellement les langues dominantes ont des conséquences tout à fait négatives au regard des objectifs fixés par les instruments des droits de l’homme et donc au regard du droit à l’éducation. Il s’appuie sur des considérations et les résultats de travaux concernant divers domaines : droit international, éducation, linguistique appliquée, psychologie et sociologie.

Considérant les fondements juridiques du droit à l’éducation, nous soutenons en nous appuyant sur les interprétations qu’a donné de ce droit le précédent Rapporteur spécial de l’ONU Katarina Tomaševski sur le droit, que l’enseignement dispensé dans une langue dominante fait obstacle à l’éducation, du fait des barrières linguistiques, pédagogiques et psychologiques qu’il crée. Nous montrons que ce mode d’enseignement a de multiples et graves conséquences qui constituent autant de violations du droit à l’éducation sous ses
divers aspects, et qu’il perpétue la pauvreté. Faute d’un droit fondamental obligatoire en matière linguistique, à savoir le droit à un enseignement dans la langue maternelle s’accompagnant d’un bon apprentissage de la langue dominante en tant que seconde langue, dispensé dans les établissements publics par des professeurs bilingues ou
compétents, la plupart des populations autochtones ou minoritaires ne recevront, par
l’intermédiaire de la langue majoritaire ou dominante, qu’une éducation déculturée.
Elles apprennent la langue dominante au détriment de leur langue maternelle qui n’occupe plus qu’une place secondaire et qui est vouée à disparaître au profit de la
première.

Soumis à un régime linguistique contraignant, les enfants éduqués de la sorte d’une façon déculturante, ou du moins leurs propres enfants, se trouveront effectivement assimilés linguistiquement et culturellement au groupe dominant. C’est ainsi que chaque fois qu’un groupe entier d’individus change de langue, se réduit la diversité linguistique du monde. Selon les estimations les plus optimistes face à cette évolution, 50 % au moins des langues parlées actuellement pourraient avoir disparu ou seraient en voie de disparition (langues « mortes » ou « moribondes ») auxenvirons de l’année 2100. Les estimations pessimistes et néanmoins réalistes prévoient que 90 à 95 % des langues parlées pourraient disparaître presque complètement au cours de ce siècle. La plupart des langues menacées de disparition sont des langues autochtones; ainsi, la quasi-totalité des langues autochtones parlées dans le monde seraient appelées à disparaître.

L’éducation est l’un des principaux facteurs directs de cette disparition, à laquelle contribuent naturellement les forces politiques, économiques, technomilitaires
et sociales à l’oeuvre dans le monde. Des travaux concernant les résultats de l’éducation telle qu’elle est dispensée actuellement aux enfants autochtones ou appartenant à des minorité, il ressort que la durée de l’enseignement dispensé dans la langue maternelle est le plus important de tous les facteurs (y compris le statut socioéconomique) qui déterminent la réussite de l’éducation des élèves bilingues.

Les résultats les plus mauvais, y compris les taux les plus élevés d’abandon scolaire, sont enregistrés parmi les enfants qui suivent des programmes ne faisant aucune place à la langue maternelle ou dont celle-ci ne constitue qu’un élément. On soutient dans ce rapport, avec Amartya Sen, que la pauvreté n’est pas uniquement liée aux conditions déterminées par la croissance économique, mais qu’elle est essentiellement inversement fonction de l’épanouissement des capacités humaines, épanouissement qui est donc un objectif fondamental de développement. En éduquant les enfants autochtones dans une langue dominante, on compromet le développement de leurs capacités et l’on perpétue la pauvreté.

Nous montrons ici que l’enseignement dispensé dans la langue nationale dominante est en complète contradiction avec les théories concernant les meilleurs moyens pour atteindre les objectifs que vise une bonne éducation, ce que confirment les résultats de enquêtes effectuées dans ce domaine, et avec le droit à l’éducation, tel qu’il est reconnu en droit international aux enfants autochtones. Le mode d’éducation actuel porte atteinte en outre au droit qu’ont les parents de transmettre leurs propres valeurs, y compris leur propre langue, aux générations suivantes. Le rapport s’achève sur un certain nombre de recommandations.

N. B : Ce document a été soumis en décembre 2004 par cinq experts : Ole Henrik Magga, Ida Nicolaisen et Mililani Trask, Tove Skutnabb-Kangas, Université de Roskilde (Danemark) et Université de Vasa, Academie Ǻbo (Finlande); et Robert Dunbar, Lecteur en droit et langue celte, King’s College, Aberdeen (Royaume-Uni).

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