L’immersion

Aucune langue ne peut survivre sans un cadre juridique garantissant son utilisation et sa reproduction dans le secteur public. L’idée qu’une langue puisse survivre en étant valorisée uniquement dans le cercle familial est un leurre et demeure un argument fallacieux et privilégié des opposants aux langues régionales ou minoritaires. Dans une société où les mamans transmettent de moins en moins leur langue à leur enfant mais s’adaptent à la langue que les enfants ramènent de l’école, cette immersion a aussi le pouvoir de changer les pratiques linguistiques des adultes de l’environnement familial de l’enfant.

Comme le montre le rapport du Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) du 7 mars 2005, l’immersion complète en langue minoritaire demeure le meilleur moyen de préserver une langue minoritaire et d’augmenter la proportion des locuteurs de moins de dix ans.

Les francophones ont été les premiers à bénéficier de cet enseignement au Canada à partir des années 60, pas seulement au Québec, mais aussi au Nouveau Brunswick et plus tard en Nouvelle Ecosse (2001).

Plus près de nous, le Pays de Galles, le Pays Basque français et même la Bretagne ont su augmenter le pourcentage de locuteurs de moins de 10 ans grâce aux écoles en immersion complète en maternelle.

Les exemples

En Bretagne, le pourcentage d’enfants locuteurs de breton est passé de 0,2 à 2 pour cent entre 2002 et 2012. Au Pays Basque français, pour la première fois en 60 ans la courbe des locuteurs adolescents s’est inversée entre 2000 et 2010. Le pourcentage de locuteurs adolescents basques de 10 à 15 ans est maintenant supérieur à ce qu’il était il y a dix ans.

Même observation au Pays de Galles, où le gallois semblait condamné il y a 30 ans. Le nombre de locuteurs de moins de 10 ans ne cesse d’augmenter proportionnellement à l’ouverture d’école maternelles en immersion en gallois.

Depuis la Deddf Iaith Gymraeg (« loi sur la langue galloise ») en 1993, la place du gallois s’est accrue dans les institutions : les administrations sont tenues d’offrir leurs services dans les deux langues. En 2015, 20 % des enfants du pays de Galles sont scolarisés en immersion complète gallois et presque autant suivent une éducation bilingue à parité gallois/anglais.

Au Pays Basque français le succès des classes immersives associatives Ikastola – qui concerne 10% des effectis scolaires – a poussé l’éducation nationale à ouvrir les premières maternelles publiques basques en immersion complète  en 2012. A la rentrée 2015,  le Pays Basque Nord comprendra 12 écoles publiques maternelles  en immersion complète en basque.

À Hawaï, un recensement en 1987 avait relevé qu’il ne restait plus que 50 enfants parlant hawaïen. Face à ce constat, en 1987, le Hawaii State Board of Education (BOE) approuve le programme d’apprentissage de la langue hawaïenne par immersion (Ka Papahana Kaiapuni Hawaii) avec deux écoles pilotes : Keaukaha Elementary School, à Hilo, et Waiau Elementary School, à Pearl City, Oahu.  30 ans plus tard, l’île compte des milliers d’enfants locuteurs de hawaïen, langue polynésienne.

Et l’alsacien ?

Toute initiative visant à promouvoir l’alsacien (dialecte) est bienvenue. Mais l’idée que l’on puisse sauver une langue en faisant de le sensibilisation, des cours quelques heures par semaine est un leurre. L’expérience nous montre qu’il n’existe aucun endroit au monde dans la société de communication moderne ou une langue a pu se développer sans enseignement immersif des la maternelle.

Si vous souhaitez aider à sauver l’alsacien (elsasserditsch) aidez nous par vos contributions à financer le premier jardin d’enfants en dialecte. Une politique linguistique qui ne prenne pas en compte l’élément de l’immersion complète est une politique incomplète et minimaliste.

Politique linguistique

On appelle politique linguistique toute politique conduite par un État, une institution publique ou organisation internationale encadrant la pratique d’une ou plusieurs langues parlées dans les territoires relevant de sa souveraineté, pour en modifier le corpus ou le statut, généralement pour en conforter l’usage, parfois pour en limiter l’expansion, ou même œuvrer à son éradication.

L’emploi de la signalisation routière bilingue est un instrument symbolique de perception et d’institutionnalisation de la réalité bilingue d’un territoire. Une politique linguistique peut consister à faire évoluer le corpus d’une langue en adoptant un système d’écriture, en fixant le vocabulaire par l’établissement de lexiques ou de dictionnaires, en arrêtant des règles grammaticales et orthographiques, en favorisant la création terminologique pour limiter les emprunts aux langues étrangères.

Elle peut également consister à modifier le nom d’une langue, en le calquant sur le nom de la région ou de l’État que l’on veut distinguer (Bosnie, Macédoine, Moldavie, Monténégro…) ou sur des références historiques et culturelles différentes (Hindi/Ourdou, Malais/Indonésien). Dans l’ex-URSS les noms de la plupart des langues minoritaires avaient été changés (Toungouses = Evenki, Zyrianes = Komi…).

Elle peut encore consister à modifier le statut d’une langue, par exemple en la déclarant langue officielle ou en en faisant la langue unique de l’administration et de la justice, ou bien au contraire, en lui enlevant ces rôles. Enfin elle peut même aller jusqu’à recréer une langue dont l’usage s’était perdu, c’est le cas de l’hébreu en Israël.

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